Les usages au port

Th.Montoriol

Arrivée au port
Rien n'est plus désagréable que d'être surpris par les vociférations surgies d'un bateau qui s'engage sur un ponton. Le skipper qui se met à hurler, agonir sa femme d'injures ou inonder un équipier de véhémentes recommandations ne manifeste que sa propre incapacité à réaliser une manoeuvre sûre et claire. Le silence est généralement la réponse des futurs voisins et, en Angleterre où on ne plaisante pas avec les vertus du flegme, vous n'aurez probablement même pas droit à un regard. Mais on vous passera peut-être une amarre pour vous aider. Ne pas s'y tromper, le geste, pour convivial qu'il paraisse, n'en est pas moins un signe de dédain aussi discret qu'appuyé...
Les défenses
En arrivant au port, pensez bien que, si vos pare-battage vous protègent, ils sont sensés aussi, voire surtout, protéger les autres. Alors mieux vaut éviter de se précipiter au dernier moment pour les amarrer aux chandeliers, tâche qui prend un temps mieux employé ailleurs. De la même manière, évitez d'exhiber des défenses sales. Si vous vous moquez de l'état de votre coque, vos deux voisins n'ont pas forcément la même idée que vous... Et retenez bien que votre voisinage peut durer et que, sans un minimum d'égards, la cohabitation peut tourner vite fait à la promiscuité hargneuse... En revanche, lorsque vous quittez le port, l'étiquette recommande de remonter les défenses à bord dès que possible. Rien n'est plus laid qu'un voilier bien installé sous voiles dont les défenses ballottent sur les flancs. C'est un signe de négligence et, de près comme de loin, pas très beau à voir...
D'un bord à l'autre
Il est fréquent d'avoir à monter à bord d'un bateau à couple, soit pour passer une amarre au ponton, soit pour débarquer. L'usage et l'étiquette recommandent impérativement de n'emprunter que le pont en avant du mât (en sollicitant l'autorisation si le propriétaire ou l'équipage sont à bord) et de ne jamais traverser le cockpit pour préserver l'intimité du voisin qui vous accueille. C'est une règle essentielle qu'il ne faut en aucun cas transgresser. Dans le même état d'esprit, si vous devez appareiller à l'aube, veillez à en informer vos voisins à temps et placez-vous, dès la veille au soir, à l'extérieur pour ne réveiller personne. C'est d'autant plus recommandé que la manoeuvre sera beaucoup plus aisée qu'au petit matin s'il fait à peine clair et que votre équipage est encore ensommeillé.
La nuit
Les sandows sur les haubans et sur les drisses courantes empêchent votre bateau de résonner comme une batterie de casseroles à la moindre risée. Une précaution qui protège votre sommeil comme celui des autres.
Les chaussures
Poser le pied sur un pont briqué de frais est toujours un moment délicat. Vous savez que le propriétaire sait que vous savez... Il y a la solution de rincer vos semelles à plat dans l'eau de mer. Plus de sable ni de terre mais de l'eau et peut-être même jusqu'au fond de vos chaussures de pont. Et, même l'eau, ça laisse des traces. Si vous êtes chaussé de bottes, le problème ne se pose pas tant que vous êtes sur le pont. Dans le carré, se retrouver en chaussettes a des avantages mais peut avoir des inconvénients. Reste le nu pied. Tout dépend du temps et du soin que vous avez de vos orteils. Rien de plus douloureux qu'un petit doigt qui rencontre brutalement une poupée de winch, un clam cleat ou un taquet sournois... Surtout, tacher d'éviter de saigner.
Mouillage de l'annexe
Mouiller, c'est tout un art. Le vent, le courant qui tournent, le petit contre qui bouleverse tout. Vive l'artiste ! L'usage veut que le dernier arrivé passe son va-et-vient sous la ligne de mouillage de ses prédécesseurs. Histoire d'éviter, si possible, de ramener une demi-douzaine d'annexes avec la vôtre, et d'avoir à les remouiller ensuite.

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