| Il est rare. Difficile à attraper, encore plus à retenir. On se l'arrache, mais on parle peu de lui, de peur qu'il ne s'échappe. Ce volatile n'est pas forcément une star, mais la clef de voûte sans laquelle rien ne fonctionne. Personnage convoité, il porte un nom modeste : l'équipier. |
| Le dévoué |
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Celui-là descend tout droit du paradis : il arrive le premier, veille à tout, ravitaillement, cartes, charge les batteries, prépare les bonnes voiles pour le temps, s'enquiert de la météo, note les horaires de marée, y compris pour l'escale, calcule les hauteurs d'eau, vérifie le point de base du GPS, termine une épissure sur une écoute affaiblie, plonge dans l'eau pour donner un coup d'éponge sur la carène, paie de sa poche la taxe portuaire (mais en demande un reçu). Il prépare le café dans la foulée, fait chauffer le moteur après avoir remplacé une Durit défectueuse, se débrouille pour réserver une table à l'escale prévue, a, de longue haleine, tracé la route sur la carte et préparé les défenses. Il prend soin d'avertir les voisins du prochain départ et, même épuisé, ne s'assoupit pas avant d'avoir passé un dernier coup d'éponge pour assécher les fonds et mis les torchons à sécher à l'abri des regards. Quand, s'il lui reste quelques minutes avant l'arrivée du propriétaire, il prend un peu de repos, il en pr ofite pour réviser les cours de Bertrand Chéret sur les réglages des voiles. Enfin, lorsque le propriétaire arrive à bord et lui demande s'il n'a pas eu trop de mal à préparer le bateau, il répond d'un air dégagé que, pas du tout, juste une bricole ou deux qu'il a eu le temps de finir pendant qu'heureusement le propriétaire était retenu à des taches ne souffrant pas de délai et que si ce dernier souhaitait d'ailleurs faire une petite sieste bien méritée, il se chargeait, lui, l'équipier, de la manoeuvre de port, de mettre le navire sur le bon cap et qu'il veillerait à réveiller le propriétaire, dès que la bruine aurait cessé, naturellement. Voilà tout, on ne va pas en faire une pendule, dont il a d'ailleurs ôté les piles pour qu'une sonnerie intempestive ne vienne pas sournoisement déranger le calme du carré. Là-dessus, sans singer maladroitement un garde-à-vous qui ne serait pas de mise, il retire ses mains de ses poches et prend un air inspiré pour flairer la brise et n'attend pas de remerciements, superflus entre gens de bonne compagnie. S'il vous reste du champagne à bord, n'hésitez pas à lui offrir toute la caisse... La perte pour la cambuse est, certes, considérable, mais le gain de la fidélité d'un pareil équipier n'a pas de prix. |
| Le mondain |
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Il ne fait absolument rien de tout ça, mais prend une participation financière au bateau qui le conforte dans l'idée qu'il peut mettre le pied à bord sans toucher à une manille chaque fois que l'envie l'en saisit. Il connaît assez mal le coût du mètre des drisses à remplacer, qu'il trouve toujours hors de prix et dont il renâcle à régler la quote-part. En revanche, il est systématiquement présent à la remise des prix. A condition que son bateau figure en bonne place. Sinon, il tourne talon avant qu'on l'ait repéré. |
| L'artiste |
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Il en fait encore moins que le précédent mais soigne ses commentaires poétiques consacrés aux paysages rencontrés en même temps qu'il se pique de barbouiller une oeuvre par-ci par-là, qui peut être une aquarelle ou une photo numérique (moins salissante). Son sens de la camaraderie en fait un équipier plus qu'agréable. Par beau temps. |
| Le dilettante |
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Mélange des deux précédents, il trouve toujours un moyen d'embarquer où qu'il se trouve, exhibe une culture étourdissante, connaît la terre entière et en particulier les propriétaires des plus somptueux yachts dont il possède l'histoire par le menu. La prudence recommande de le garder à l'écart de la table à cartes, du guindeau, du pied de mât, de l'électronique embarquée, des écoutes en général et tout spécialement de la barre par mer formée. Particulièrement efficace au mouillage, au ponton ou à terre, il a néanmoins une fâcheuse tendance à remplir le carré à l'heure des repas par les cohortes serrées de ses meilleurs amis du monde qu'il connaît depuis la veille. |
| Le velléitaire |
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Caractère délicat à manier, il apprend vite, souvent bien, mais se découvre promptement des qualités évidentes et n'attend jamais très longtemps avant de vous donner des conseils sinon des leçons. Faites attention : sa susceptibilité est fréquemment à fleur de peau et il a tendance à devenir boudeur si on ne suit pas à la lettre les pertinentes indications qu'il s'est donné la peine de fournir. Avec beaucoup de finesse et de psychologie, le velléitaire peut néanmoins devenir un équipier très convenable. |
| Le néophyte |
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Cette espèce insaisissable appartient à deux catégories. Le méfiant, qui ne connaît des bateaux que les petites maquettes empilées dans son armoire d'enfant, invente les attitudes qu'il juge appropriées, ne pose pas de questions qui feraient apparaître son ignorance et, dans le cas contraire, ne retient rien des réponses. Celui-là est a priori dangereux, surtout si son habileté à dissimuler est à la mesure de son inexpérience... L'enthousiaste. Il veut tout apprendre en même temps, se montre parfois plus brouillon qu'efficace, et finit par tout mélanger, ce qui le désole, mais ne le décourage pas. De la bonne graine mais il faut ménager sa personnalité. En régate, il n'aime pas perdre, surtout s'il lui vient l'idée qu'il a peut-être une part dans le résultat. C'est le type même d'équipier qu'il faut rassurer sans cesse et encourager souvent jusqu'à ce que l'expérience remplace sa première insouciance. |
| Le connaisseur |
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Il possède le coin où vous naviguez depuis votre première couche-culotte comme sa poche, pour en avoir entendu parler par de vieux loups de mer locaux, voire le garde-champêtre. C'est dire... Parfaitement capable de vous envoyer dans un hérisson de caillasses redoutables en empruntant le passage dont il recommande l'usage avec un aplomb qui peut abuser. L'embarquer avec circonspection, rester concentré sur son sujet et lui trouver au plus vite une tâche de première importance (hauteur d'eau, calculs de courants pour les prochaines heures, etc.) qui l'occupera pendant les moments délicats. |
| Le spécialiste |
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Il a navigué avec un tel et un tel, sur un éventail éloquent de bateaux différents, dans les conditions les plus diverses mais régulièrement effrayantes et devant la plupart des côtes connues. Vous pensez s'il en connaît un bout sur la question... Incollable dans tous les domaines, il n'est pas loin de considérer que vous avez une chance inouïe de l'avoir sur votre bord. Ne le retenez pas plus que nécessaire. De toute façon, on va se l'arracher au premier ponton avec grand pavois, chroniqueurs de presse au garde-à-vous et, au minimum, un député maire espérant avec anxiété une poignée de main. |
| Le pur |
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Il connaît sa valeur, mais ne se monte pas le bourrichon, fait son boulot, se documente régulièrement sur le matériel comme sur les techniques et n'oublie pas que la convivialité est un ciment de cohésion très efficace, en croisière comme en régate. Il possède un plein sac d'histoires palpitantes, qu'il livre avec parcimonie, ne se vante jamais et veille sur votre bateau plus jalousement que sur le sien. Il est probable qu'il vous apprendra beaucoup de choses sur la mer, à condition de savoir l'écouter. Solide et rassurant, c'est un discret qui déteste les artifices. Les bons équipiers étant aussi rares que les bons propriétaires, si vous pensez pouvoir exprimer un talent essentiel : gardez-le ! Vous tenez le bon bout. |
| Le martien |
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Il a embarqué sans très bien savoir pourquoi, comme s'il allait à une exposition de la nature. Il est attentif, parfois silencieux, s'excuse souvent, ne sait jamais trop bien où caler ses fesses et se trouve régulièrement au mauvais endroit lors des manoeuvres. Il est dévoré par l'idée d'être inutile et donc volontaire pour tout. L'embêtant avec lui c'est qu'il ne pose des questions qu'après en avoir longuement préparé l'énoncé, n'ose pas trop proférer une sottise, finit par se décider, pas toujours au bon moment, et peut se montrer vexé si la réponse est évasive. Accorder une attention particulière à ses mains qui traînent souvent dans des endroits à risque. |
| Le providentiel à l'ancienne |
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En régate, c'est celui qui fait gagner votre bateau sans que vous ayez besoin de monter à bord. Juste commenter la tactique bien au sec et cueillir les lauriers. En croisière, c'est celui qui trouve tout naturel de vous laisser la barre entre un bon livarot et la charlotte aux poires... Avant le petit marc qui prélude à la sieste. Au portant de préférence... Une espèce, hélas, en voie de disparition. |